Pages web du
Syndicat National de Gérontologie Clinique

Pour un nouveau risque de protection sociale relatif

Pour un nouveau risque de protection sociale relatif
à la compensation du besoin d’aide à l’autonomie
PROPOSITIONS DE L’UNIOPSS ET DE LA FEHAP
14 MAI 2008

L’enjeu principal est celui de l’égalité de traitement de toute personne en manque ou en perte d’autonomie quel que soit son âge et son projet de vie. Il s’agit donc de supprimer toutes les dispositions qui peuvent conduire à des ruptures ou à des différences de prise en charge. Les prestations qui pourront être financées par ce nouveau champ de protection sociale devraient intégrer celles qui sont aujourd’hui financées par l’APA et celles énumérées par la Prestation de Compensation du Handicap (PCH). Personne handicapée ou personne âgée pourraient se voir attribuer indifféremment des aides humaines pour tous les actes de la vie quotidienne, soit les actes essentiels de la vie, mais aussi ce qu’on appelait il y a quelques années encore « l’aide ménagère », des aides techniques (appareillages), l’aide à la participation à la vie sociale, l’adaptation du logement ou du véhicule. L’ambition affichée est de garantir l’accessibilité de la société, pour tous, et des conditions de maintien à domicile dignes, sur le long terme. Seul le projet de vie de la personne, sa situation, les particularités de son environnement devrait différencier les plans personnalisés proposés. Des outils et des méthodes identiques d’évaluation des situations et des besoins des personnes devraient s’appliquer aux deux publics.

L’enjeu du financement de prestations à l’horizon 2015. Le financement de l’APA ( 4,5 Mrds d’* en 2006) repose sur le principe de la combinaison de financements issus de la solidarité nationale et de ceux issus de conseils généraux. Compte tenu de la progression des dépenses, la part relative à la solidarité nationale s’est réduite à environ 30 %, laissant ainsi le plus gros de la charge aux conseils généraux. La part dominante prise par les départements a pour conséquence de très fortes disparités dans le montant des prestations attribuées sur le territoire. Aujourd’hui, la prestation de compensation est également essentiellement financée par les départements. S’agissant d’un nouveau droit, les montants cumulés et le nombre de prestation est encore modeste. Cependant, la charge imposée aux départements s’accroît et vient augmenter la pression qu’ils subissent déjà du fait de l’augmentation du nombre de bénéficiaires de l’APA.

Les propositions de l’Uniopss et de la Fehap sur le nouveau risque social personnes âgées-personnes handicapées

L’Uniopss et la Fehap ont participé activement aux réflexions du groupe de travail constitué sous l’égide de la CNSA et se retrouvent parfaitement dans les lignes directrices tracées par le rapport qui en est issu. Depuis plusieurs années (1992), ces deux organismes militent pour la reconnaissance d’un nouveau risque de protection sociale personnes âgées/personnes handicapées et ce pour plusieurs raisons :

 L’augmentation du nombre de personnes âgées en perteü d’autonomie et l’allongement de la durée de vie des personnes handicapées vont accroître les besoins d’accompagnement de ces personnes ainsi que les moyens financiers qui devront être dégagés par la collectivité pour y faire face. Les départements ne pourront assumer seuls cette augmentation. Lors de la première année d’existence de l’APA, son financement était assuré à hauteur de 54 % par les départements et à 46 % par l’Etat. Quatre ans plus tard, les départements assuraient 67 % de son financement et la CNSA 33 %. Si rien n’est fait, la charge financière des départements continuera à s’accroître et ils assumeront une part sans cesse croissante du financement du dispositif. Compte tenu des inégalités de richesses entre les départements, ceux qui ont les potentiels fiscaux les plus faibles et le nombre de personnes âgées dépendantes et de personnes handicapées le plus élevé auront de plus en plus de mal à financer les allocations en direction de ces publics.

 Leü dispositif actuel est marqué par des inégalités dans l’octroi des prestations, notamment de l’APA, posant la question de l’égal accès de nos concitoyens aux prestations sociales.

 L’APA et la PCH neü couvrent pas tous les besoins de compensation du manque et de la perte d’autonomie. Les failles de la PCH en matière d’aides humaines (sur le versant aides à caractère ménager) sont en particulier connues par l’ensemble des parties prenantes. La création d’un nouveau dispositif doit permettre d’y remédier.

 La nécessité de mettre un terme aux barrières d’âgeü discriminatoires dans l’accès aux prestations.
C’est l’ensemble de ces raisons qui ont amené l’Uniopss et la Fehap à se prononcer pour le remplacement de l’APA et de la PCH par une nouvelle prestation universelle unique de compensation du manque et de la perte d’autonomie dans le cadre de la reconnaissance d’un nouveau risque social. Ce nouveau risque aurait vocation à être géré par la CNSA et mis en œuvre, localement, par les départements dans le cadre d’un partenariat renforcé entre les deux institutions en vue d’assurer une égalité effective de traitement de nos concitoyens sur l’ensemble du territoire.

 La création d’une prestation unique personnes âgées-personnesü handicapées vise à mettre un terme aux seuils discriminants dans l’accès aux prestations et à ne plus se focaliser que sur les besoins des personnes. Toute personne âgée ou toute personne handicapée en situation de manque ou de perte d’autonomie doit pouvoir accéder à cette prestation et recevoir une aide en fonction de ses besoins et de son projet personnalisé et non en fonction de l’âge où elle s’est trouvée dans cette situation de manque ou de perte d’autonomie.

 La création d’une prestation réellementü universelle doit permettre à toutes les personnes âgées et à toutes les personnes handicapées en situation de manque ou de perte d’autonomie d’accéder à cette nouvelle prestation. L’introduction d’un seuil de ressources dans l’accès à cette nouvelle prestation serait un retour dans des logiques assistantielles dont l’APA timidement et la PCH plus fortement tendent à se démarquer.

 La conception de la nouvelle prestationü. La prestation ne doit pas être conçue comme un simple montant financier mais comme une réponse d’ensemble à une situation et à un projet de vie personnalisés. Ce dernier doit être appréhendé comme l’expression même de l’autonomie de chacun plutôt que comme la satisfaction d’une formalité administrative telle qu’elle est malheureusement comprise aujourd’hui par nombre de MDPH.

 Le panier de services de la nouvelleü prestation. L’Uniopss et la Fehap considèrent que ce panier doit couvrir l’ensemble des aides à la personne et aux tâches domestiques, les aides techniques, l’adaptation du cadre de vie, l’aide à la participation à la vie sociale et les aides animalières. L’évaluation des besoins doit être multidimensionnelle et personnalisée. Pour cette raison,la grille AGGIR ne peut tenir lieu d’outil d’évaluation des besoins comme l’avait rappelé la commission scientifique chargée de l’évaluer( ). Toutes les aides incluses dans le plan de compensation doivent intégrer le socle de la nouvelle prestation et être financées sur la base d’un financement socialisé. Faut-il prévoir un ticket modérateur afin que les personnes elles-mêmes participent au financement du dispositif ? L’Uniopss et la Fehap n’y sont pas opposées dès lors que certains publics et les personnes dont les ressources sont inférieures à un certain seuil puissent en être exonérés. En tout état de cause, ce ticket modérateur devrait être limité, contrairement à ce qui se passe aujourd’hui avec l’APA où il peut aller jusqu’à 85 % du droit à la prestation.

 Le portage duü nouveau risque. Plusieurs options sont mises en débat aujourd’hui dans différents cercles de réflexion. Le confier aux organismes de sécurité sociale en dessaisissant les départements de la gestion de l’APA et de la PCH, maintenir la gestion par les départements en leur apportant des financements nationaux complémentaires, confier ce nouveau risque aux assurances privées avec des départements ne servant plus des prestations qu’à des personnes ayant des ressources inférieures à certains seuils… Pour leur part, l’Uniopss et la Fehap considèrent que la responsabilité de ce nouveau risque social doit être confiée à la CNSA qui se verrait allouer de nouvelles ressources afin de financer majoritairement la nouvelle prestation. Assurant un financement majoritaire, la CNSA serait tout à fait légitime pour piloter plus fortement le dispositif afin d’assurer une égalité de traitement de nos concitoyens sur l’ensemble du territoire. Les départements seraient chargés de mettre en œuvre la prestation localement. Ils continueraient à participer à son financement mais ne seraient plus la variable d’ajustement comme actuellement. Dans ce cadre, l’assurance privée ne jouerait qu’un rôle très marginal. Pourquoi faire le choix de la CNSA ? A travers cette institution, apparaît une nouvelle forme de gouvernance dans le secteur. Les différentes parties prenantes des politiques en faveur des personnes âgées et des personnes handicapées sont en effet associées au Conseil de cette instance. Cette pluralité d’acteurs permet de mieux prendre en compte les différents points de vue en tentant de dégager des synthèses en vue d’une meilleure réponse aux besoins des personnes concernées.

L’Uniopss et la Fehap préconisent toutefois à l’avenir une meilleure représentation des départements au sein du Conseil de la CNSA par une augmentation du nombre de sièges qui leur sont réservés ainsi que par l’octroi d’une Vice-Présidence comme il existe actuellement une Vice-Présidence dédiée aux usagers. De même, la constitution d’un bureau comprenant les différentes composantes du Conseil serait judicieuse. Afin d’assurer une meilleure régulation du dispositif, l’Uniopss et la Fehap préconisent :

- Une meilleure définition par la loi des rôles respectifs de la CNSA et des Conseils Généraux ;
- Un partenariat CNSA-conseils généraux structuré par un conventionnement fort ;
- La garantie que les financements solidaires issus du niveau national soient majoritaires. Afin de tenir compte des différences de potentiels fiscaux et de dépenses sociales à assumer entre les départements, il serait nécessaire d’amplifier les mécanismes de péréquation financière déjà à l’œuvre;
- Une évaluation régulière, transparente et pluraliste du dispositif.



 S’agissant des ressources nationales à mobiliser pourü financer la nouvelle prestation, l’Uniopss et la Fehap préconisent le recours à des financements qui soient assis sur tous les revenus (du travail et du capital) et qui concernent toutes les catégories socio-professionnelles. La journée de solidarité nous semble un précédent à ne pas réitérer dans la mesure où certaines catégories socio professionnelles en sont dispensées alors qu’elles peuvent bénéficier du dispositif de l’APA ou de la PCH (agriculteurs, professions indépendantes notamment). Est-il possible de mobiliser ces ressources nationales supplémentaires ? Certains en doutent et préconisent pour cette raison le recours accru à l’assurance privée. L’Uniopss et la Fehap rappellent que notre pays devra, de toute façon, faire face aux dépenses induites par le vieillissement de notre population et par l’augmentation des besoins des personnes handicapées. La seule question est de savoir si nous ferons face à ces dépenses supplémentaires sur une base solidaire ou si chacun devra y faire face seul avec le risque que certains de nos concitoyens ne puissent recevoir une réponse à la hauteur de leurs besoins pour des raisons financières. Le rapport remis à ph. BAS dans le cadre de la mission confiée à Hélène GISSEROT en Mars 2007 envisageait plusieurs scénarii dont un médian avec une progression du niveau des prélèvements obligatoires qui permettait la réalisation du PSGA tout en restant soutenable à long terme pour les finances publiques. Le développement des réponses en faveur de ces personnes ne constitue pas uniquement une dépense pour la collectivité, il participe également à la croissance de la richesse nationale, en développant de l’activité, de l’emploi et du bien-être pour la population. Portant depuis plus de 60 ans une vision solidaire de la société, l’Uniopss et la Fehap continueront à militer pour que la création de ce nouveau risque social s’inscrive dans cette logique.


mai 2008