L'ARNAQUE DE LA
T2A par André Grimaldi mercredi 12
novembre 2008
analyse faite d’un triple point de vue : éthique, pratique, démocratique
T2A et éthique Le principe éthique inscrit dans le code de déontologie
est « le juste soin au juste coût »
Il ne s’agit plus de limiter les dépenses au juste nécessaire, il s’agit
d’augmenter les ressources, donc d’accroître l’activité ou plus exactement
le codage d’activité. Chacun, pour défendre son hôpital ou son service,
est amené à multiplier les actes la
tarification à l’activité. On accole à chaque malade une somme d’argent
pour un temps donné. Aux États-Unis, après l’adoption d’un système de paiement
à l’activité comparable, le Congrès avait dû voter une loi pour interdire que
les femmes qui viennent d’accoucher sortent de la maternité moins de deux jours
après leur accouchement... La T2A comporte donc par nature le risque de
sélection des activités et des patients, comme le font d’ailleurs les
cliniques privées, auxquelles il serait mal venu de le reprocher dans la mesure
où leur objectif est la rentabilité financière exigée par les actionnaires.
T2A
en pratique La T2A est basée
sur la reconnaissance d’un nombre limité de groupes de séjours dits «
homogènes ». Il a fallu faire rentrer 10 000 pathologies comportant chacune
3 à 4 facteurs de gravité associés à des facteurs psychologiques et sociaux,
dans seulement 800 groupes de séjour.
Ainsi, ne sont pas T2A rentables, les patients précaires, les patients
dont l’hospitalisation n’a pas pu être programmée, les patients ayant des pathologies
particulièrement graves, les patients de réanimation, les patients
de pédiatrie, les patients ayant une maladie chronique
nécessitant une éducation thérapeutique, les patients ne pouvant pas rentrer au
domicile...Le nouveau système de financement des hôpitaux qui ne prend en
charge ni la précarité, ni la gravité ! Comme si on ne savait pas que depuis
des lustres, les hôpitaux reçoivent les patients précaires et les malades
graves... Contre tout bon sens, les dirigeants veulent imposer une
convergence public/privé en 2012. Cette convergence serait la mort de
l’hôpital public, sommé pour survivre de se transformer en clinique
concurrentielle, concurrence de tous contre tous. L’étape actuelle, le
financement à la T2A a comme prévu entraîné une augmentation non pas de
l’activité mais du chiffre d’affaires des cliniques de 9% (certaines cliniques
comme l’Institut Montsouris possède un logiciel permettant d’optimiser le
codage !) tandis que les hôpitaux ont enregistré un déficit d’environ 700
millions d’euros dont 350 pour les CHU. Il faudra surtout pouvoir licencier car
la masse salariale intervient pour 70% des dépenses hospitalières, transformer
le statut de service public en établissement privé à mission de service public.
Le chirurgien Guy Vallancien, dans un rapport demandé par la ministre de la
Santé, propose même de vendre les murs des hôpitaux pour créer un Réseau
Hospitalier de France comparable au Réseau Ferré de France. La tarification à l’activité convient assez
bien aux actes techniques non répétitifs
La Fédération Hospitalière de France demande que les missions
d’intérêt général soient financées à hauteur de 50 %, chiffre sûrement plus
ou moins arbitraire, tout autant que le taux actuel de 12 %, qui en plus est
dérisoire.
T2A et démocratie La mise en place de la T2A a
illustré la façon dont on prend les décisions dans notre pays : par enhaut,
à la va-vite, sans projection, sans modélisation, sans évaluation, et surtout
sans démocratie. On a oublié de prendre en compte la précarité ! C’est pour
éviter que se perpétue cette « mal-gouvernance » conduisant à prendre de
mauvaises décisions dans le dos des citoyens, que nous avons créé un site appelant
à sauver l’hôpital public. Que soit organisé un large débat public sur l’avenir
de l’hôpital, et que les hôpitaux ne soient pas financièrement étranglés avant
d’être progressivement privatisés sans que les citoyens aient eu à en décider.