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Les Echos 2009 Bonus à l'hôpital [ 02/02/09 ] DOMINIQUE SEUX Edito C'est ce qui s'appelle un joli effet boomerang. Un mois après
la polémique sur les moyens de l'hôpital et juste avant le débat à l'Assemblée
nationale sur la réforme Bachelot, l'enquête de l'Igas sur la rémunération
des médecins et chirurgiens hospitaliers est explosive. En effet, le
rapport rédigé par l'Inspection générale des affaires sociales met en cause
directement les professionnels concernés. Commandé par la ministre de
la Santé début 2008, il a des mots très durs pour l'opacité du système de
rémunération, les inégalités entre spécialités - avec les anesthésistes et
radiologues au sommet -, le niveau de revenus de certains praticiens et
l'absence de lien avec leur activité et leurs résultats. Ce constat ne peut être balayé d'un revers de la main au
motif que la France dispose d'un des meilleurs systèmes de santé au monde. Des
inégalités de revenus entre médecins allant au-delà de la juste récompense des
talents, des abus manifestes dans la répartition entre activité salariée et
libérale, une absence de contrôle à tous les niveaux : ces mauvais
fonctionnements n'empêchent pas seulement la bonne gestion de la ressource
médicale entre les hôpitaux, ils créent des tensions et, plus encore, font de
l'accès aux soins un labyrinthe parfois très coûteux pour les patients ou
réservé aux initiés. Le gouvernement s'appuiera bien sûr sur ce rapport dans son bras
de fer avec les syndicats de praticiens hospitaliers pour faire avancer sa
réforme, qui donne plus de pouvoir aux directions et moins aux médecins.
Il n'est pas mécontent non plus de montrer que les urgentistes défendus par le
très médiatique Patrick Pelloux ne sont pas, très loin de là, les plus à
plaindre. Le risque, à vouloir diviser, est évidemment de créer un réflexe de
solidarité au sein du corps médical. Mais il faut aussi aller au-delà. L'enquête de l'Igas montre
en filigrane que l'écart se creuse entre trois types de médecine. La
première, celle du court terme et des actes techniques (urgences, anesthésie,
IRM, etc.), spectaculaire, fait l'objet de beaucoup d'attention et procure de
hauts revenus. La seconde, dite « de confort » (accès aux consultations privées
pour gagner du temps), est réservée aux patients les plus aisés. La troisième,
qui prend en charge les malades dans la durée et globalement (maladies
chroniques, spécialités à dominante clinique), est moins favorisée. Rien ne
justifie cette rupture en marche. Opération vérité sur la rémunération
des médecins hospitaliers et libéraux [ 02/02/09 ] VINCENT
COLLEN
Une enquête de l'Igas dénonce les aberrations et le manque de
transparence qui règne sur les rémunérations des praticiens, dont les
inégalités paraissent parfois non justifiées. Commandée par le ministère de la
Santé, elle survient en plein bras de fer entre le gouvernement et les
professionnels de santé. C'est un rapport qui fera l'effet d'une petite
bombe à l'hôpital. « L'enquête » de l'Inspection générale des affaires
sociales (Igas) sur « la rémunération des médecins et chirurgiens
hospitaliers » met le doigt sur des aberrations et des injustices criantes.
Nul doute que ses conclusions seront scrutées de près - et contestées - par les
blouses blanches et leurs syndicats. Commandé par la ministre de la Santé,
Roselyne Bachelot, en février 2008, le rapport a été finalisé en début d'année.
Il survient en plein bras de fer entre le gouvernement et les syndicats de
médecins. Le projet de loi de réforme du système de santé, qui arrive devant l'Assemblée
nationale le 10 février, cristallise l'opposition des syndicats de praticiens à
l'hôpital, des anesthésistes aux urgentistes en passant par les chirurgiens.
Avec en toile de fond le débat sur le manque de moyens des établissements. Au
même moment, la négociation conventionnelle entre l'assurance-maladie et les
syndicats de médecins libéraux, démarrée en juillet, paraît sur le point
d'échouer. Devant l'impossibilité de trouver un accord, le gouvernement
menace d'imposer par la loi une taxe pour mieux répartir les médecins sur le
territoire. Il entend aussi mieux réguler les dépassements d'honoraires. Gardes, dépassements... L'enquête de l'Igas met justement en lumière la nécessité
de réformer en profondeur le mode de rémunération des médecins. Dans les
établissements publics, d'abord. Alors que le statut de praticien
hospitalier devrait garantir une certaine homogénéité, les écarts de
rémunération vont « de un à cinq dans un centre hospitalier général » et
« de un à dix » dans un CHU. Paradoxe : les médecins les plus
revendicatifs (anesthésistes, urgentistes) apparaissent parmi les mieux payés.
Sans que cela paraisse vraiment justifié. Ces différences sont dues aux gardes
et astreintes, à des activités annexes (consultant, expertise, etc.) et aux
dépassements d'honoraires pratiqués par les praticiens exerçant une activité
libérale à l'intérieur de l'hôpital. Résultat : une « déconnexion entre le
niveau de rémunération et l'activité, c'est-à-dire le temps médical effectif »,
et, à la clef, « des conséquences négatives en termes d'équité et
d'efficacité Dans les cliniques privées, où les
praticiens exercent à 90 % en libéral, les inégalités sont aussi très
importantes. En haut de l'échelle, les spécialités pour lesquelles l'acte
technique représente la majorité des honoraires, comme la radiologie. Tout en
bas, les spécialités à dominante clinique, comme la psychiatrie ou la
pédiatrie. Au final, une échelle de revenus totalement déconnectée des grands
objectifs assignés au système de santé : « Les systèmes actuels de
rémunération, tant du public que du privé, ne prennent pas assez en compte la
croissance des pathologies chroniques demandant une prise en charge globale,
l'évolution préoccupante de la démographie médicale et le cloisonnement
important entre établissements hospitaliers et médecine de ville », pointe
l'enquête. Autrement dit, le travail de certains médecins n'est pas reconnu. S'il
met l'accent sur les disparités et les incohérences des rémunérations, le
rapport ne critique pas le niveau moyen des honoraires des spécialistes.
Sur ce point, la France se situe « dans une situation intermédiaire »
parmi 13 pays de l'OCDE étudiés, note-t-il. Des « chartes de déontologie » L'Igas avance surtout des pistes pour corriger ces dysfonctionnements... sans toutefois chiffrer leur impact budgétaire. A commencer par une refonte totale de la tarification des 7.200 actes médicaux afin de rééquilibrer les rémunérations entre spécialités. Autres propositions : renforcer la transparence sur les tarifs, réguler les dépassements d'honoraires qui continuent de déraper et contrôler les activités libérales à l'hôpital public via des « chartes de déontologie » dans chaque établissement. Pour l'hôpital spécifiquement, l'Igas appelle à « resserrer les liens entre activités, résultats et rémunérations ». La part variable des revenus des médecins devrait être déterminée par l'atteinte d'objectifs fixés avec la direction, via des contrats individuels. Il est aussi nécessaire « d'encadrer davantage les rémunérations de permanence des soins » comme les gardes et astreintes, afin qu'elles soient payées « sur des bases objectives et contrôlées », ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. D'une manière générale, l'Igas demande « la transparence sur toutes les formes de rémunération ». |