Plaidoyer pour une filiere de soin
en Psychogeriatrie
Bernard POCH
Psychogériatrie
C.H. DAX
Tout le
monde s’accorde à reconnaître que la prise en soin des patients déments
à comportement perturbé est largement perfectible. Déjà de nombreuses Equipes ont
éprouvé la nécessité de mettre en oeuvre un soin psychogériatrique. Mais il est
rare de pouvoir proposer au patient (et à leur famille) une filière complète dans cette démarche de
Santé Publique.
De son côté, le Plan Alzheimer reste beaucoup
trop discret en ce domaine, sans souligner l’importance de la souffrance
psychique qui complique l’accompagnement de cette pénible maladie.
Basé sur l’expérience neurologique, le Plan
prend en compte les troubles du comportement, à caractère productif, et préconise
la création d’Unités Cognitivo-Comportementales. Mais aucun souci de prévention
et de soin psychique n’émergent. On reste, pour gérer la crise, dans une
préoccupation du court terme, à caractère superficiel et dans une certaine
immédiateté.
La maladie d’Alzheimer se prolonge de longues
années et cela justifie de proposer et d’organiser une prise en soin évolutive
pour le soulagement et la prévention des perturbations mentales de ces malades.
Il appartient au champ de la Gériatrie à
s’adapter au nombre restreint de psychiatres appétents aux soins pour les
personnes âgées et à préparer une réflexion active sur le soin
psychogériatrique.
On peut penser que les gériatres ne pourront
pas faire l’économie de s’intéresser à la Psychiatrie du sujet âgé et auront à se
former à cette discipline et à concevoir, avec l’aide de psychiatres, une filière
de soins psychogériatriques qui permettra, en particulier, de soigner plus
correctement la souffrance mentale des déments.
La Psychogériatrie est au carrefour de plusieurs
spécialités (Neurologie, Psychiatrie, Gériatrie) et permet de proposer dans un
cadre pluri-disciplinaire un environnement soignant où il est possible de mieux
comprendre le malade, le sens de ses troubles, de soulager l’anxiété de fond,
de savoir l’accompagner et de bien prévenir et retarder les situations de
crise.
Le schéma ci-joint présente une possibilité
de filière avec des prestations de soins envisageables tout le long du parcours
du malade Alzheimer avec, si besoin, des lieux d’hospitalisation spécifique.
Après le diagnostic de maladie d’Alzheimer fait normalement en consultation mémoire, la proposition et
la mise en oeuvre de soins non médicamenteux participent au traitement qui va
apaiser aussi bien le patient que favoriser l’accompagnement de son entourage
familial.
L’absence de preuve scientifique indiscutable
a retardé la bonne organisation de ces soins dont on convient de plus en plus à
admettre la recommandation.
* Le Médecin Traitant reste
le pivot de ce suivi, qu’il assure avec un Spécialiste et/ou avec une structure
de la filière.
L’Hôpital de Jour de
Psychogériatrie est un lieu de soin idéal pour les patients en début de
pathologie Alzheimer et pour ceux qui présentent une grande instabilité
anxio-dépressive. Il s’adresse aux patients qui acceptent de s’investir dans
une démarche active avec une Equipe pluri-disciplinaire spécialisée.
Trois objectifs justifient cet outil
sanitaire :
Les soins non médicamenteux sont assurés
surtout par des personnels spécialisés (Psychologue Clinicien, Psychomotricien,
Ergothérapeute, Orthophoniste, Musico-thérapeute, Art-thérapeute) disposant de
suffisamment de temps pour bien s’investir auprès des patients qui restent
acteurs de leurs soins.
Ce type de plateforme de soins permet un
accompagnement réellement soignant et on constate dans ces conditions une bonne
prévention des décompensations comportementales et moins d’hospitalisation
complète pour ce motif.
Il est naturel de poursuivre ce soin actif et
spécialisé tant que le malade est en capacité d’y participer pleinement.
L’Hôpital de Jour n’étant envisageable que
pour les malades qui adhérent à ce type de soin sans être dans un déni majeur
de leurs troubles, le suivi spécialisé du malade Alzheimer passe aussi par tous
les lieux de diagnostic et, particulièrement, par les Consultations Mémoire, surtout quand elles ont des capacités de
Centre Mémoire de Proximité avec des prestations possibles pour les soins
d’accompagnement.
* Le relais avec l’Accueil de jour, ou mieux l’Accueil Thérapeutique de Jour, pour bien insister sur sa dimension soignante et non de simple garderie, est
particulièrement souhaitable quand la pathologie cognitive est nettement
installée avec début de troubles du jugement et du raisonnement logique.
L’objectif est de poursuivre efficacement un
soutien à domicile et à l’aidant principal, avec un projet de soin
individualisé basé sur une sociothérapie
qui va entretenir et maintenir le malade dans une vie relationnelle de qualité.
Il est facile de concevoir le couple que
devraient former Hôpital de Jour et Accueil Thérapeutique de Jour pour
satisfaire de façon continue les besoins du patient et de sa famille pendant
toute la période de la vie au domicile. Malheureusement, la distinction et la
complémentarité de ces deux structures sont rarement faites, au détriment de
l’Hôpital de Jour. Comme si tous les patients quel que soit le stade de leur
maladie relevaient d’un Accueil Thérapeutique de Jour...
Quand les limites du soutien à domicile sont
atteintes, l’Accueil Thérapeutique de Jour aidera à préparer progressivement et
en douceur l’entrée en EHPAD.
* Court Séjour et Soins de Suite Psychogériatriques
En fonction des situations de crise qui
peuvent compliquer l’évolution de la maladie d’Alzheimer, éventuellement
associées à des pathologies intercurrentes que le malade peut présenter, des
lieux d’hospitalisation permettant une prise en soin spécifique sont nécessaires :
Court Séjour et SSR Psychogériatrique.
En tant que SSR, ces Unités sont préconisées
dans le Plan Alzheimer sous l’appellation « Unité
Cognitivo-Comportementale ». Ces Unités d’hospitalisation doivent répondre
aux besoins spécialisés des malades Alzheimer lorsqu’ils décompensent avec des
complications cliniques et comportementales.
En pratique, ces unités avec architecture
adaptée et protégée, combineront Court Séjour Alzheimer et SSR
Psychogériatrique.
L’objectif est l’accueil de patients en
situation de crise ou de post-crise, avec comportement perturbé, venant ou de
leur domicile ou d’un EHPAD et présentant des troubles psycho-comportementaux
avec symptomatologie psychiatrique associée ou non à une pathologie somatique.
Le programme du soin psychogériatrique est
basé :
Ø Sur un travail de stabilisation de l’anxiété,
en apaisant la souffrance mentale.
Ø Sur un travail de rassurement, en entretenant
un climat sécurisant et rassurant.
Ø Les soins gériatriques nécessaires sur le
plan somatique sont assurés.
Ø Le soutien actif des familles est prévu.
Dans ces conditions, il est possible quand la perturbation est plutôt
récente d’obtenir dans un délai de 3 à 4 semaines une bonne stabilisation
clinique et comportementale et d’envisager le retour du patient à son domicile
antérieur.
L’Unité Mobile de
Psychogériatrie est à considérer comme le complément indispensable de la
structure d’hospitalisation précédente. Elle permet d’intervenir en amont de
l’hôpital en se projetant sur les lieux. Cette équipe (au moins un psychologue
clinicien, et si possible un autre soignant spécialisé, en lien avec un psychogériatre)
assure sur place : évalution, soutien, écoute et expertise.
L’intervention dans un délai de 48 heures
doit amener des propositions de solution et, si besoin, des rendez-vous
spécialisés. Ce mode de recours est fondamental pour les Médecins Traitants et
les EHPAD permettant ainsi d’éviter des hospitalisations sans préparation et
des évolutions insidieuses vers épuisement et maltraitance.
Les MAIA (Maison pour
l’autonomie et l’intégration des malades d’Alzheimer) assurent tout le long de
cette filière leur rôle d’information, de guidage et de coordination.
SLD Psychogériatrique
Certains malades, qui présentent des troubles
du comportement importants et durablement instables, malgré une prise en
soin adaptée (passage en SSR Psychogériatrique par exemple), doivent pouvoir
bénéficier d’une prise en soin hospitalière de longue durée, en unité
spécifique et protégée, avec un environnement soignant formé et suffisament
disponible pour accompagner, gérer et prévenir l’aggravation de leurs troubles psycho-comportementaux.
La perturbation psychotique de ces déments justifie la possibilité
d’intervention d’un psychiatre du sujet âgé.
Il s’agit d’un problème préoccupant et
conséquent, à réévaluer puisque le Plan Alzheimer prévoit la gestion des
troubles importants du comportement en EHPAD, ce qui risque de faire obstacle
au bon fonctionnement nécessaire de ces structures.
Cela suppose aussi que la réforme en cours
des SLD prenne en compte ce besoin psychogériatrique.
Les Unités Spécifiques
Alzheimer des EHPAD. concernent les déments à déambulation anxieuse pour
les aider à contenir au mieux cette anxiété pathologique et éviter des
décompensations préoccupantes de leur comportement. En leur offrant ainsi le « cocon»
dont ils ont besoin, on leur assure à la fois le confort et la sécurité qu’ils
recherchent.
Quand la démence Alzheimer ne s’accompagne
pas d’une désorientation perturbatrice, le malade Alzheimer peut vivre au sein
de l’EHPAD avec les autres résidents.
Puisse ce plaidoyer être l’occasion
d’échanges fructueux et constructifs entre nous. Nous avons l’obligation
d’améliorer la prise en soin des malades âgés à souffrance mentale
prédominante. Tous ces patients perçus souvent comme perturbateurs sont avant
tout perturbés et ont besoin d’un soin adapté.
Notre formation gériatrique ne peut que
s’enrichir, au bénéfice des malades, avec le concours d’une Psychiatrie du
sujet âgé et d’une préoccupation de compétence et de pratique du soin
psychique.