Loi HPST Compte
rendu n° 37 Mercredi 4 février 2009 l’examen (articles) du
projet de loi portant réforme de l’hôpital et relatif aux patients, à la santé
et aux territoires (n° 1210)
Article
8 : Organisation interne des établissements publics de santé
La
Commission examine ensuite un amendement de M. Bernard Debré visant à ce que
les directeurs d’hôpital ne puissent nommer les chefs de pôle que sur avis
conforme de la CME transmis au directeur par son président.
M. le
rapporteur. Cet amendement risque de créer de réels blocages. J’y suis
donc défavorable.
Mme
Jacqueline Fraysse. Nous avions ce matin déposé un amendement allant dans le sens
de celui de notre collègue. On ne doit pas pouvoir faire fi de l’avis de la
CME. Quant à l’argument des blocages, il est pour le moins surprenant : on ne
peut diriger un hôpital contre l’équipe médicale.
Mme
Marisol Touraine. Nous soutenons cet amendement. Le projet médical
d’établissement doit primer sur les préoccupations administratives.
M.
Jean Bardet. Je ne vois pas quels arguments pourrait faire valoir un
directeur d’hôpital pour nommer arbitrairement un chef de pôle contre l’avis du
président de la CME, du fait précisément des blocages qui s’ensuivraient
inévitablement.
Contre
l’avis défavorable du rapporteur, la Commission adopte cet amendement.
La Commission examine ensuite un
amendement de M. Bernard Debré visant à ce que les pôles d’activité,
lorsqu’ils sont nécessaires, soient constitués par une association de services,
dirigés par des chefs de service.
M.
Bernard Debré. Je suis farouchement opposé à la suppression des services
et des chefs de service, garants de la proximité avec les malades comme du
travail en équipe.
M. le
rapporteur. Cet amendement dont le but est de reconstituer des services
irait à l’encontre de l’esprit même du texte.
M.
Jean-Marie Le Guen. Il ne faut pas confondre les pôles, outils parfaitement
légitimes de gouvernance administrative permettant une mutualisation des moyens
et des personnels, et les services, qui constituent la cellule de production de
soins, et qui ne doivent pas disparaître. Substituer une logique managériale,
même si celle-ci a toute sa place à l’hôpital, à la logique médicale
constituerait une grave erreur.
M.
Jean Bardet. Cet amendement est parfaitement justifié. Dans le cas de
pôles constitués sans autre cohérence que géographique par exemple, en quoi le
chef de pôle pourrait-il avoir une autorité médicale sur les équipes ? Il faut
conserver les services et les chefs de service.
M.
Jean-Luc Préel. Les pôles ont toute leur justification lorsque le chef de
pôle gère des unités fonctionnelles dont les disciplines sont vraiment
complémentaires comme la gastro-entérologie et la chirurgie digestive. Mais
chacun sait que des pôles ont pu être constitués de façon arbitraire et que
d’autres, comme certains pôles « Tête et cou » qui existent déjà, sont si
vastes et regroupent des disciplines si différentes qu’il est bien difficile de
coordonner l’ensemble. Il n’est donc pas aberrant de vouloir conserver des
services.
M.
Jacques Domergue. Les médecins se plaignent d’être tenus à l’écart de la
gestion hospitalière. Les pôles visent précisément à leur permettre de
s’impliquer à la fois dans l’organisation médicale et administrative.
M.
Jean-Marie Le Guen. Toutes ces dispositions relèvent du domaine réglementaire.
M.
Pierre Morange, vice-président. Cela est, hélas, vrai, de trop nombreux
textes que nous examinons !
Contre
l’avis défavorable du rapporteur, la Commission adopte cet amendement.
Article 10 : Nouveau
cadre d’emploi de praticien contractuel pour les médecins, pharmaciens et
chirurgiens dentistes recrutés par les établissements publics de santé
La
Commission examine un amendement de M. Bernard Debré visant à supprimer la
possibilité qu’un praticien hospitalier soit détaché sur le nouveau contrat prévu
à l’article 10.
M.
Bernard Debré. On ne peut pas faire travailler dans un service où les
médecins sont rémunérés pour l’exercice de missions de service public d’autres
médecins, libéraux et payés au rendement. Les médecins n’auront plus aucune
raison de travailler à temps plein ! Et les services seront entièrement
désorganisés.
Mme
Michèle Delaunay. C’est vrai.
M.
Jean-Marie Le Guen. Au prétexte de rattraper les tarifs du privé, qui pourraient
être abaissés en limitant la rémunération de certains actes ou en revoyant la
classification commune des actes médicaux, on va créer de graves conflits à
l’hôpital en mettant en avant un certain nombre d’hyperspécialités médicales,
ce qui va nous mettre à dos toutes les autres spécialités.
Mme
Jacqueline Fraysse. Je partage le souci de M. Debré. Il faut que les médecins
hospitaliers soient suffisamment bien traités pour avoir envie de rester à
l’hôpital.
M.
Jacques Domergue. Envisager un autre mode de rémunération pour certains médecins
n’est pas mauvais dans la mesure où l’on veut aussi modifier les statuts pour
inciter davantage certains professionnels à l’activité. Par ailleurs, c’est
aussi un bon moyen pour rapprocher les financements des secteurs public et
privé.
M. le
rapporteur. Avis défavorable. Nous sommes en train de légiférer pour des
établissements de toutes tailles. Or, l’attractivité de certains sera
grandement favorisée par ce nouveau type de recrutement contractuel prévu par
l’article 10.
Contrairement
à l’avis défavorable du rapporteur, la Commission adopte l’amendement
La Commission examine ensuite un
amendement de Mme Marie-Christine Dalloz tendant à ce que les personnes ayant
obtenu un diplôme interuniversitaire de spécialisation (DIS), totalisant trois
années d’exercice après leur formation et pouvant justifier de fonctions
médicales rémunérées au cours des deux années précédant la publication de la
présente loi soient réputées avoir satisfait aux épreuves anonymes de
vérification des connaissances et justifier d’un niveau suffisant de maîtrise
de la langue française.
Mme
Marie-Christine Dalloz. Je précise que cet amendement est conforme à la
position de la HALDE qui a souligné le caractère discriminatoire du traitement
réservé aux titulaires du DIS.
M. le
rapporteur. Le DIS est un diplôme de spécialité ne permettant pas le
plein exercice en France et non une épreuve de vérification des connaissances
s’inscrivant dans le cadre d’une procédure d’autorisation. Accordé dans le
cadre d’accords de coopération, il impose à ses titulaires de retourner dans
leur pays d’origine pour exercer leur activité. S’ils souhaitent s’installer en
France, il leur faut normalement passer les épreuves actuelles de vérification
des connaissances sous la forme d’un examen.
Afin de
respecter un équilibre dans cette délicate affaire de fuite des cerveaux, qui
concerne entre 150 et 200 personnes, nous devons continuer à exiger que les
intéressés passent les examens français. Par conséquent, avis défavorable.
M.
Paul Jeanneteau. Il arrive que des médecins ou des pharmaciens, qui étaient
d’abord repartis dans leur pays d’origine, soient obligés de revenir en France,
souvent pour des raisons politiques. Or ils ne peuvent pas exercer chez nous.
La Cour européenne des droits de l’homme risque fort de nous condamner pour
cela, tout comme la HALDE.
Contrairement
à l’avis défavorable du rapporteur, la Commission adopte cet amendemen
elle
examine un amendement de Mme Isabelle Vasseur visant à substituer à la notion
de « médecin généraliste de premier recours » celle de « médecin
traitant de premier recours ».
Mme Isabelle
Vasseur. Si les médecins de premier recours sont très majoritairement des
généralistes, il peut arriver que des spécialistes remplissent ce rôle. C’est
le cas, par exemple, des gynécologues.
M. le
rapporteur. Avis défavorable. La définition du texte s’inscrit dans une
négociation et dans une stratégie de revalorisation de la médecine générale
répondant à une demande forte des professionnels. Elle constitue un point d’équilibre
entre les acteurs qu’il ne serait pas avisé de déplacer. Par ailleurs, le rôle
du médecin traitant est reconnu à l’alinéa 9.
Mme Marisol
Touraine. Les patients doivent pouvoir accéder à d’autres médecins de
premier recours que les médecins généralistes.
M. Bernard
Debré. Le médecin traitant n’est pas forcément un généraliste.
La
Commission adopte cet amendement.
Article 12 : Communautés
hospitalières de territoire (CHT)
La
Commission examine ensuite deux amendements, faisant l’objet d’une discussion
commune, respectivement déposés par M. Guy Lefrand et M. Jean-Luc Préel,
autorisant les établissements publics de santé à adhérer à plusieurs CHT.
M.
Guy Lefrand. Mon amendement conditionne l’adhésion d’un établissement à
plusieurs CHT à l’obtention d’une dérogation accordée par le directeur de
l’ARS.
M.
Jean-Luc Préel. Pour ma part, je propose que les établissements publics de
santé puissent participer à deux CHT, notamment avec un hôpital de proximité et
un hôpital de référence.
M. le
rapporteur. Avis défavorable. Il est certes prévu qu’un établissement ne
pourra participer qu’à une seule CHT, mais il lui sera possible d’adhérer à un
ou plusieurs GCS.
M.
Bernard Debré. Ces amendements me semblent particulièrement bienvenus, car
certains hôpitaux ont besoin de participer à plusieurs communautés
hospitalières en raison de leur situation géographique.
Mme
Valérie Boyer. L’Assistance publique - Hôpitaux de Marseille se trouve
effectivement dans ce cas : l’hôpital Nord pourrait participer à la communauté hospitalière
du pays d’Aix, tandis que les hôpitaux Centre et Sud pourraient rejoindre une
autre structure. Pour cela, nous avons besoin d’une certaine souplesse, qui
pourrait utilement être conditionnée à l’octroi d’une dérogation par le
directeur de l’ARS. C’est pourquoi je souhaiterais cosigner l’amendement de M.
Guy Lefrand.
M.
Jean-Luc Préel. Je peux citer un autre exemple : l’hôpital de Challans, qui
travaille aujourd’hui avec huit hôpitaux locaux, aurait besoin de participer à
deux communautés hospitalières - celle de la Roche-sur-Yon et celle de Nantes.
M.
Gérard Bapt. J’imagine que ces amendements valent pour les communautés
hospitalières fédératives, et non pour celles qui sont intégrées.
Contrairement à l’avis défavorable du rapporteur, la Commission adopte l’amendement de M. Guy Lefrand, l’amendement de M. Jean-Luc Préel étant ainsi satisfait.