Environ 71% des Français
considèrent que la prise en charge actuelle des personnes âgées par les
pouvoirs publics n'est pas satisfaisante, selon une enquête TNS Sofres
commandée par la Fédération hospitalière de France (FHF) et publiée mercredi.
Cette cinquième enquête du baromètre lancé en 2003 par la FHF a été conduite
les 23 et 24 avril auprès d'un échantillon national de 1.000 personnes âgées de
18 ans et plus (pondération selon la méthode des quotas), interrogées en face à
face à leur domicile, selon le dossier de presse.
TNS Sofres souligne que près d'un Français sur trois (32%) déclare avoir dans
son entourage proche une personne âgée dépendante, en perte d'autonomie
physique ou psychique. Pour 21% des Français, il s'agit d'un parent proche
(père, mère, grands-parents ou arrière grands-parents).
Sur les 71% d'insatisfaits, 49% considèrent la prise en charge "peu
satisfaisante" et 22% "pas du tout" satisfaisante. 24% la jugent
"assez satisfaisante" et 1% seulement "très satisfaisante".
L'institut de sondage pointe une "radicalisation" de la critique au
fil des années, rappelant que le taux d'insatisfaction s'élevait à 63% en
février 2003, 55% en avril 2004, 67% en février 2005 et 68% en avril 2007 (cf
dépêche APM MHKEB002).
"Cette radicalisation de l'opinion et le sentiment de ne pas pouvoir
'faire face' s'ancrent, pour de nombreux Français, dans l'expérience
personnelle ou observée dans leur entourage proche de la dépendance. Autrement
dit, ni fantasme ni simple lecture politique partisane d'une défaillance des
pouvoirs publics, mais l'expression d'un sentiment d'impuissance partagé par
une majorité", considère TNS Sofres.
L'institut note ainsi que 55% au total se déclarent incapables (plutôt pas
capables, 29%, et pas capables du tout, 26%) de prendre en charge eux-mêmes une
personne âgée dépendante de leur entourage, en perte d'autonomie physique. Ils
sont 42% à répondre l'inverse (plutôt capables, 29% et tout à fait capables,
13%).
"Ce sentiment d'impuissance est aggravé par l'incapacité déclarée par 76%
des répondants à s'acquitter du coût moyen mensuel de 2.220 euros pour un
hébergement en maison de retraite si un de leurs parents devait recourir à
cette solution", remarque TNS Sofres, qui souligne des inégalités
"importantes" entre classes économico-sociales. Ce taux grimpe à 85%
chez les foyers modestes et à 56% pour les foyers les plus aisés.
MAJORITE D'OPINIONS DEFAVORABLES DES MAISONS DE RETRAITE
Pour la première fois depuis 2003, la majorité absolue des personnes
interrogées a une opinion défavorable des maisons de retraite: 52% expriment
une "plutôt mauvaise" ou "très mauvaise" opinion à l'égard
de ces structures, contre 39% d'opinions favorables ("plutôt bonne"
38%, "très bonne", 1%).
Le pourcentage total d'opinions défavorables s'élevait à 40% en février 2003,
36% en avril 2004, 38% en février 2005 et 49% en avril 2007.
Les classes moyennes supérieures sont les plus critiques (60% de mauvaise
opinion) tandis que les classes moyennes inférieures s'avèrent plus mesurées
(47% de mauvaise opinion), observe TNS Sofres, qui note également une inversion
des majorités suivant l'âge: les plus sévères font partie de la tranche d'âge
35-49 ans (57% de mauvaise opinion) alors que les 65 ans et plus ont une
opinion majoritairement positive (43%).
La mauvaise perception des établissements tient à l'idée que cela "coûte
cher d'aller en maison de retraite" (97% plutôt d'accord), qu'il n'y a
"pas suffisamment de places disponibles" (88% plutôt d'accord), que
les personnes âgées ne souhaitent pas s'y rendre (82% plutôt d'accord),
qu'"on y met ses parents ou grands-parents à contrecoeur" (79% plutôt
d'accord).
TNS Sofres pointe une augmentation du soupçon de maltraitance, avec 40% (32% en
2007, 27% en 2003) de personnes "plutôt d'accord" pour dire que les
personnes âgées y sont "souvent maltraitées", 46% se déclarant
"plutôt pas d'accord" avec cette assertion et 14% étant sans opinion.
"Pour prévenir les situations de maltraitance, les Français ont
aujourd'hui la conviction que c'est de moyens supplémentaires en personnels
qualifiés et d'une formation adaptée pour tous les personnels dont les maisons
de retraite ont besoin", avec respectivement 44% et 34% de citations,
devant un encadrement renforcé des personnels (27%), la présence d'un personnel
médical permanent (25%) et un contrôle et une évaluation de la qualité de la
prise en charge (23%), note TNS Sofres.
"La mise en place de structures d'écoute et d'accompagnement des
personnels et l'amélioration des moyens de signalement des maltraitances sont
perçues plus secondaires. Elles totalisent chacune moins d'une citation sur
cinq (respectivement 19% et 18%)", souligne l'institut de sondage.
En dépit des mauvaises opinions sur la prise en charge et sur les structures
d'hébergement, les Français perçoivent le secteur de la dépendance comme de
plus en plus attractif: 68% des personnes interrogées conseilleraient à un
proche ou un enfant de s'orienter vers un métier d'aide et de prise en charge
des personnes âgées.
POUR UNE PRISE EN CHARGE EN FONCTION DES RESSOURCES
Parmi les moyens jugés nécessaires pour les personnes qui s'occupent
régulièrement ou quotidiennement d'une personne âgée ou dépendante de leur
entourage (les "aidants familiaux"), sont cités l'aide financière
(95%), une "formation pour savoir répondre aux besoins" de la
personne concernée (93%), un hébergement temporaire de la personne en maison de
retraite pour ménager des "moments de répit" (95%) et un statut légal
de l'aidant (91%).
Interrogés sur la "meilleure solution" pour financer à l'avenir les
dépenses liées à la dépendance, vient en premier lieu une prise en charge
assurée par la solidarité nationale par augmentation des prélèvements
obligatoires, en fonction (45%) ou sans prise en compte (19%) du niveau de
ressources de la personne âgée dépendante (45%), devant la possibilité ouverte
pour chacun de souscrire une assurance dépendance (24%). Environ 12% se
déclarent sans opinion.
"L'inégalité des familles françaises face à ces dépenses semble imposer le
choix d'une majorité relative pour l'adoption d'un système de financement des
dépenses par la solidarité nationale prenant en compte les capacités
contributives des personnes. Et concentrant de fait l'intervention de l'Etat
sur les publics les plus modestes", conclut sur ce point TNS Sofres.