Vendredi 23 avril 2010 - 19:15

Le Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie a adopté son avis sur le vieillissement


L'avis de 11 pages, ainsi qu'une note technique de 126 pages qui détaille l'analyse, ont été adoptés à l'unanimité, précise le Haut conseil. Ces documents sont accessibles sur le portail internet de la sécurité sociale(à la fin de cet article).

La note technique se découpe en trois grandes parties. Dans la première, le Haut conseil dresse un constat des dépenses en fonction de l'âge et analyse le lien de "causalité" entre l'âge et les dépenses de santé.

Dans la seconde partie, le Haut conseil étudie la fragmentation des parcours de l'offre et des tarifs. Dans un document préparatoire dont APM avait eu copie en février, l'instance déplorait notamment que les parcours et l'offre de soins pour les personnes âgées restent trop fragmentés et formulait également des propositions pour améliorer la tarification aux soins requis (cf dépêches APM MHMBM003 et APM MHNBP001). Enfin, dans la dernière partie, l'instance dévoile ses orientations et ses pistes de travail.

Dans son avis, le Haut conseil constate que les personnes âgées bénéficient plus que proportionnellement à leur nombre de la couverture d'assurance maladie, parce qu'elles sont davantage touchées par la maladie. Ainsi les plus de 60 ans représentent un cinquième de la population mais sont à l'origine de plus de 45% des dépenses parce qu'elles représentent aussi plus des deux tiers des personnes en affection de longue durée (ALD).

Mais ces dépenses de santé n'atteignent toutefois pas "des proportions exorbitantes", souligne le HCAAM, notant que les dépenses des jeunes de moins de 10 ans représentent "une somme équivalente à celle du grand âge" et que la dépense de la dernière année de vie ne représente en moyenne que 7% à 8% de la dépense totale d'une vie.

Si les personnes âgées bénéficient de remboursements plus élevés, le HCAAM constate également qu'elles ont aussi à leur charge des dépenses plus élevées et juge donc nécessaire de mettre en place des "politiques fortement incitatives et ciblées" pour l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS), notamment au moment du passage à la retraite.

Il constate toutefois que des soins "vont connaître une croissance plus forte que le reste de la dépense d'assurance maladie", qui sont liés à la "grande fragilité physique ou cognitive des personnes âgées", notamment les soins infirmiers et les soins en général délivrés par les établissements et services médico-sociaux mais aussi les dépenses d'hospitalisation. Il suggère donc que des choix d'organisation soient opérés, estimant que cette tendance peut être modifiée.

Le HCAAM constate également le "niveau anormalement élevé des dépenses individuelles moyennes de soins au 'grand âge'" qui est "difficilement explicable par la seule addition des maladies".

Le Haut conseil constate en effet l'existence d'un seuil de rupture entre 75 ans et 85 ans, avec une dépense moyenne individuelle de santé qui évolue alors beaucoup plus fortement qu'au cours des tranches d'âge moins élevées. Cette accélération de la dépense constitue la "seule question qui mérite d'être présentée comme propre aux personnes âgées" alors même qu'elle "ne trouve pas d'explication épidémiologique évidente", constate le HCAAM, souhaitant que ce constat "fasse l'objet de recherches".

Le HCAAM juge en effet possible que ce sur-accroissement des dépenses corresponde "à une dépense inutile, voire dangereuse" ou bien qu'il traduise "des dysfonctionnements dans l'organisation des soins".

Enfin selon le Haut conseil, il est faux d'affirmer que le vieillissement de la population représente, par lui-même, "une menace dominante" pour l'augmentation des dépenses. Il rappelle que le vieillissement est "un phénomène lent" et que l'âge moyen de la population ne s'accroît que de deux mois environ par an.

INADAPTATIONS STRUCTURELLES

Le Haut conseil estime en outre qu'une part importante de la "dépense individuelle moyenne très élevée aux grands âges s'explique par des inadaptations structurelles".

Soulignant aussi la "surreprésentation des personnes très âgées aux 'lits-porte' des urgences hospitalières", le Haut conseil estime que les dysfonctionnements du système de soins naissent de la complexité des situations à gérer. II souligne ainsi que les besoins de soins du grand âge "n'ont pas pour principale caractéristique d'être coûteux ou mobilisateurs de moyens lourds, mais plutôt d'être très complexes".

Le Haut conseil estime que ces inadaptations structurelles dans la prise en charge sont "à l'origine de coûts" qui doivent "faire l'objet d'un effort de maîtrise".

Le HCAAM recommande de travailler à "une coopération plus efficace des différentes professions et institutions sanitaires, médico-sociales et sociales en mettant l'accent sur une plus grande 'ouverture' de l'hôpital". Un effort particulier doit être accompli pour améliorer et rationaliser l'accès à l'hospitalisation, ajoute-t-il.

La "contractualisation", notamment avec des établissements médico-sociaux, est "un instrument possible mais qui ne peut constituer un objectif à soi seul", argue le Haut conseil. Il estime que "toutes les formes quotidiennes de l'interaction (...) entre équipes hospitalières et professionnels du secteur ambulatoire ou médico-social" pourront "permettre de combattre à la fois les problèmes d'entrées et les difficultés de sortie" à l'hôpital.

Dans ce cadre, le lien de travail entre les services hospitaliers et les structures ayant statut d'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) doit "faire l'objet d'une attention prioritaire", recommande-t-il. Selon lui, la baisse du taux d'hospitalisation par les urgences est un indicateur "qui devrait faire l'objet d'un suivi systématique dans les conventions d'objectifs et de moyens des établissements médico-sociaux, comme dans l'évaluation de la qualité des soins dans les hôpitaux".

UN DISPOSITIF DE COORDINATION PERSONNALISE

Il juge important d'insister sur "la coordination du soin" qui fait "intégralement partie de l'acte de soigner". Il souhaite que soit mis à l'étude "un véritable dispositif de coordination personnalisé, visant prioritairement les personnes très âgées les plus fragiles".

Ce dispositif doit réunir deux fonctions: une fonction de synthèse médicale et de prise de décision sur les orientations et les changements de prise en charge -assurée par principe par le médecin traitant-, et une fonction de coordination à la fois soignante et sociale, qui pourrait être assurée "par exemple, selon le type et le niveau de besoins, par une assistante sociale, une infirmière ou un autre auxiliaire médical, ou encore par une structure pluriprofessionnelle". La coordination doit être reconnue comme telle et rémunérée, estime le Haut conseil.

Il recommande aussi de répondre aux besoins d'information des personnes âgées et de leurs familles et d'être attentif à leurs attentes d'une vie à domicile.

Enfin, il préconise une "approche globale de l'offre des secteurs sanitaire et médico-social, qui permette de faire face aux considérables disparités d'équipement sur le territoire". Le Haut conseil souligne la place décisive que devront occuper les agences régionales de santé (ARS), pour les répartitions infrarégionales et le choix des territoires de référence pertinents, ainsi que l'importance de leur pilotage national pour les rééquilibrages interrégionaux.

Il regrette toutefois "qu'il ne soit pas encore possible de disposer d'un système d'information permettant une vision du 'coût complet' des soins délivrés à une personne âgée accueillie en institution".

Il précise qu'il poursuivra ses travaux en 2010 en approfondissant plusieurs questions soulevées dans ce rapport, notamment la mesure des "restes à charge" et le "taux d'effort" sur les dépenses de santé, et celle de la coordination des soins ambulatoires, hospitaliers et médico-sociaux.

(L'avis du HCAAM sur "vieillissement, longévité et assurance maladie" est disponible sur:
www.securite-sociale.fr/institutions/hcaam/avis/hcaam_avis_220410.pdf

La note d'accompagnement est disponible sur:
www.securite-sociale.fr/institutions/hcaam/avis/hcaam_note_220410.pdf)

 

 

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