In nomine patres
Jean
-Marie nous a quittés.
Je
rassure ses innombrables amis, il ne s’agit que de la présidence du Syndicat et
ce, pas même par accident, mais de façon réfléchie. Honte à ses détracteurs (on
fera comme s’il en existait, ça rend humain) qu’ils se couvrent le front de
cendre, contrairement à ce qu’ils pensaient, le président Jean-Marie ne se
voulait pas éternel.
Vingt
deux ans de militantisme à l’usage des personnes âgées fragiles et de leurs
serviteurs, c’est d’abord de la patience envers les autorités politiques et
leurs roués rouages. Combien de réformes vendues d’une manière et appliquées
d’une autre comme la partition des USLD, combien d’explications itératives à
tous les niveaux et à recommencer car les interlocuteurs changent, des fois
qu’on s’attache ou qu’ils s’humanisent. Après Pénélope, il aura fallu être
Guillaume d’Orange ou Voltaire, combien de fois s’est-il gardé de ses amis,
ceux du Syndicat bien sûr, car contester le grand moustachu était franchement
enrichissant, à mesure de la discussion on voyait se dessiner l’habillage d’une
idée, l’étayage d’une construction intellectuelle, la finesse d’une résolution
de problème replacé dans une perspective et une histoire. Et bien oui, disons
le, il présidait avec intelligence, il faudrait qu’il transfère cela (au moins
un peu de son humour et de son art de l’expression synthétique rigolote et
exacte) en même temps que son mandat.
Il
lui appartiendra de dire ce qu’auront été ses félicités es qualité avec ses
amis gériatres, de l’éminent professeur aux basiques soutiers, qu’il lui aura
fallu convaincre parfois contre vents et marées, pensons aux outils
d’évaluation.
Seul
contre tous, Hugo sur son rocher ? Pas du tout, ses réélections étaient
unanimes car, dans le secret de l’isoloir, foin des critiques, on était bien
contents de trouver cet homme-là pour faire le métier.
Il
a reçu la légion d’honneur et l’Ordre National du mérite qu’on ne donne qu’aux
sportifs de haut niveau, aux animateurs de télévision et par habitude aux
magistrats, est-ce parce qu’il est un peu tout ça ? Sans doute. J’ai
oublié par décence les salaires à sept zéro car lui, il y aura été de sa poche.
A-t-on
voulu honorer l’artiste, car les outils PATHOS / AGGIR/ SOCIOS/ pharma
fiche / et ceux qui, dans les cartons, n’attendent qu’un producteur se
partagent la même élégance qui est aussi celle de leur coauteurs, ses amis,
pensons au regretté Robert Leroux, à Patrice Prévost et Jean-Marc Ducoudray.
Tout
cela au bénéfice de l’équité et de la connaissance des réalités, ce qui rend
moins opérante la malice de nos autorités de tarification et de contrôle et
nous permet de se parler avec les mêmes mots.
Communiquant
au point de l’inviter dans les colloques aussi pour le show mais attention la
blague est pédagogique, le discours léger (quoique), la démonstration
réfléchie.
Le
Jean-Marie de la capitale, où se fait obligatoirement le travail de
lobbying, est-il identique à celui des
champs (pardon aux Sarthois, on se rappelle qu’il en existe de célèbres
comme….. Raymond Dronne, premier français à pénétrer avec la deuxième DB dans
Paris libéré) et bien oui.
J’ai
interrogé nos collègues et qu’ai-je appris ?
En
ces temps reculés de mise en place des 35h, lorsque les docteurs salariés
regardaient cela d’un air narquois et n’avaient pas compris qu’ils ne
supporteraient pas au final de ne pas profiter eux aussi d’un avantage, tombé
d’un joli ciel rose, qu’ils n’avaient pas demandé, le syndicaliste mit en place
la chose dans son service du Mans et la fit vivre.
Dans le même temps qu’il créait les filières,
réseaux, pôle et moyens qui vont avec, aujourd’hui évidemment sérieusement
contestés.
Combien
d’entre nous se sont adressés à lui à titre personnel pour essayer de trouver
des solutions à des soucis locaux. Son carnet d’adresse plus rempli que celui
d’un jet setter permettait de trouver au moins le bon contact et de relancer le
débat. En voilà un outil qu’on aimerait s’approprier !
Le
Syndicat ne sera plus comme avant car remplacer un monument est impossible. Les
sujets de préoccupation évoluent, les personnalités ne sont pas les mêmes, les
organisations de travail et les modes relationnels s’établiront en conséquence.
Mais
on ne perdra pas, au nom des pères fondateurs du SNGC dont il fut, la
conscience de ce qui nous anime : La lutte contre l’intolérable des
injonctions contradictoires et l’exigence d’une participation active aux
décisions qui engagent la vie de nos anciens et de ceux qui les aident.
Pour
ce faire, le SNGC fait, subito sanctus, Jean-Marie, Président d’honneur car il
est hors de question, quelles que soient ses activités professionnelles à
venir, au demeurant parfaitement honorables, de se passer de ses talents.
Pour le bureau du SNGC
Michel Salom